Category: Livres,Romans et littérature,Théâtre
D'un retournement l'autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandr Details
Le rideau s'ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour. La pièce peut commencer : lessivés par la crise des désormais célèbres " subpraïmes " (sic), les Banquiers s'apprêtent à sonner à la porte de l'État pour lui demander de mettre la main au porte-monnaie... avant que le résultat de leurs acrobaties ne fasse exploser les dettes publiques et conduise à la rigueur pour tous – pour tous les autres qu'eux. C'est une forme particulière, et inattendue, celle de l'alexandrin, qui est ici convoquée pour mettre en scène la crise de la finance mondiale. Peut-être en effet fallait-il l'ambivalence d'un vers qui convient à la tragédie aussi qu'à la comédie pour saisir et la déconfiture d'un système aux abois et l'acharnement bouffon de ses représentants à le maintenir envers et contre tout. Mais ce que ces " élites " aveuglées par leur domination, et déjà disqualifiées par l'Histoire, ne voient plus c'est qu'un retournement peut en cacher un autre. Et celui des marchés annoncer celui du peuple. Le texte de la pièce est suivi d'un post-scriptum : " Surréalisation de la crise ". Économiste, Frédéric Lordon est notamment l'auteur de Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières (Raison d'agir, 2008), La Crise de trop (Fayard, 2009), Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010).

Reviews
La pièce « D??un retournement l??autre » est passionnante et pleine d??humour, elle se lit d??une traite. L??auteur de théâtre que l??on y découvre est pétillant et cultivé. Il semble, avec beaucoup de gentillesse, appliquer à son lecteur le fameux « principe de charité », en sa compagnie on a vraiment le sentiment d??être plus intelligent. Et pourtant, il est question dans cette pièce d??économie et plus particulièrement de la dernière crise financière. Et pourtant, Frédéric Lordon est un chercheur qui travaille au développement d??une économie politique spinoziste, un économiste qui étudie les logiques du capitalisme actionnarial, les marchés financiers et leurs crises. Nous ne sommes pas habitués à cela. Bien au contraire, le langage économique est le plus souvent abscons et l??envie de qualifier certains économistes médiatiques avec un mot encore plus court est aussi le plus souvent très vive. Dans une très intéressante postface, Frédéric Lordon s??explique. En bon spinosiste, il pense qu??il y a une impossibilité de conversion purement intellectuelle. Il n??y a pas, nous dit-il, de force intrinsèque des idées. Elles doivent être accompagnées d??affect et c??est un des rôles possible de la littérature. Sa pièce est un mélange de vocabulaire très contemporains et de tournures grand siècle. Le président de la République, les ministres, les conseillers, les banquiers manient l??alexandrin. Les protagonistes, hormis un personnage de petite taille à l??ego surdéveloppé, sont désincarnés, sans psychologie particulière. Ce parti-pris perturbe notre perception passive et rompt avec beaucoup d??efficacité le pacte tacite de la croyance que nous avons habituellement en la religion économique et ses grands prêtres. Il s??oppose à toute identification et cette distanciation toute brechtienne dépersonnalise avec beaucoup de bonheur notre perception de la chose économique. La crise s??éternise et en trois années nous avons oublié bien des choses. On ne fait, il faut bien le dire, rien pour nous rafraichir la mémoire. Le temps s??étirant éloigne les causes des effets et rend plus incompréhensible encore le monde dans lequel nous vivons. Les médias dans ce domaine ne font pas non plus ?uvre de pédagogie. Le théâtre à l??avantage du temps ramassé. En 2008, les fameuses subprimes faisaient une entrée fracassante dans notre univers. Des prêts immobiliers sans principe, sans aucune traçabilité possible, s??avéraient irremboursables. Les banquiers, qui avaient fait le choix de ces capitaux à risques et du jeu en bourse au détriment du fonctionnement bancaire ordinaire, se retrouvaient sans fonds propres. Les prêts entre banques qui auraient permis d??amortir cette crise, dans un climat de suspicion généralisé, n??étaient plus possibles. Il était donc fait appel à l??état honnit du système libéral et bancaire pour sauver le dit système. L??état qui a la responsabilité de l??économie qui sans prêt, sans investissement, sans consommation donc, s??effondre, ne pouvait qu??obtempérait. La banque centrale éditait la monnaie nécessaire pour sauver les banques et leur octroyait des prêts sans intérêt. Un fond de garantie pour que les banques se refassent crédit était créé. Que croyez-vous qu??il advint après quelques déclarations sur la moralisation du capitalisme et un sauvetage des banques sans contrepartie ? Les crédits si généreusement octroyés aux banques étaient réinvestis aussitôt en bourse et non prêtés. Six mois plus tard la bourse caracolait et on redistribuait des dividendes aux actionnaires, des bonus aux traders ! La non-réouverture du crédit avait les conséquences que l??on sait sur l??investissement, la croissance, la consommation et les recettes de l??état. Que croyez-vous qu??il advint après la remise en selle du petit monde de la bourse ? Pensez donc, après avoir soulagé les banques de leurs dettes, après la dégringolade de la croissance, le budget de l??état était en faillite. Il ne fallait pas compter sur une reconnaissance en retour du monde de la finance. L??insolvabilité des états étaient instantanément dénoncée par les banques qui attaquaient ses titres et renchérissait son crédit ? Aujourd??hui, c??est donc l??infernale boucle de la rigueur et de la récession qui mène le bal. Elle nous fait tourner la tête, son manège à elle (la crise) c??est nous?Bonne lecture.


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